Passer de micro-entreprise à entreprise individuelle 2026

Le passage de micro-entreprise à entreprise individuelle ressemble à un changement de statut. Il n’en est rien. La micro-entreprise n’existe pas comme forme juridique distincte. C’est un régime fiscal et social simplifié, posé sur une entreprise individuelle. Autrement dit, un micro-entrepreneur est déjà un entrepreneur individuel.

Ce que vous quittez, c’est le régime micro, pas votre structure. Votre SIREN ne bouge pas et aucune entité nouvelle n’est créée. Vous basculez simplement vers le régime réel de l’entreprise individuelle, où le bénéfice imposable se calcule après déduction de vos charges. Ce choix se subit, en cas de dépassement des seuils, ou s’anticipe, quand vos charges deviennent lourdes.

En 2026, les seuils micro montent à 83 600 € pour les services et 203 100 € pour la vente. Les dépasser deux années de suite déclenche la bascule. Mais le vrai déclencheur reste arithmétique : dès que vos charges réelles dépassent l’abattement forfaitaire, le réel devient plus rentable.

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Micro et entreprise individuelle, le malentendu à lever

La confusion vient du vocabulaire. On oppose souvent micro-entreprise et entreprise individuelle comme deux statuts concurrents. En réalité, l’un est un sous-ensemble de l’autre. Comprendre ce point évite des décisions inutiles, comme fermer sa micro pour en recréer une ailleurs.

◆ À retenir

  • La micro-entreprise est une entreprise individuelle dotée d’un régime simplifié. Passer au réel ne change pas votre statut juridique.
  • En 2026, les seuils micro atteignent 83 600 € (services et professions libérales) et 203 100 € (vente). Deux années de dépassement déclenchent la bascule automatique.
  • Au réel, vous déduisez vos charges réelles, mais la comptabilité devient complète et les cotisations se calculent sur le bénéfice.

La micro-entreprise n’est pas un statut juridique

Depuis 2016, micro-entreprise et auto-entreprise désignent la même chose. Ce mot recouvre un régime, pas une structure. La forme juridique sous-jacente reste l’entreprise individuelle. Vous n’immatriculez donc aucune entité nouvelle pour « devenir » entrepreneur individuel, puisque vous l’êtes déjà.

Le statut unique de l’entrepreneur individuel, créé par la loi du 14 février 2022, s’applique d’ailleurs quel que soit le régime. Que vous soyez au micro ou au réel, votre cadre juridique est identique. Seules les règles de calcul de l’impôt et des cotisations diffèrent.

Ce qui change vraiment : le régime fiscal et social

Trois couches évoluent lors du passage. Sur le plan fiscal, l’abattement forfaitaire laisse place au bénéfice réel. Sur le plan social, les cotisations ne portent plus sur le chiffre d’affaires mais sur le bénéfice. Côté comptable enfin, la gestion allégée devient une comptabilité complète.

En revanche, plusieurs éléments ne changent pas. Votre SIREN reste le même. Votre responsabilité ne s’aggrave pas. L’abattement micro, fixé à 71 % pour la vente, 50 % pour les services et 34 % pour les professions libérales, disparaît simplement au profit de vos charges réelles.

Quand le passage au réel devient pertinent

Deux chemins mènent au régime réel. Le premier est subi : vous dépassez les plafonds. Le second est choisi : vos charges grignotent votre marge. Les deux méritent d’être anticipés, car la bascule produit ses effets dès le 1er janvier.

Le dépassement des seuils, une bascule automatique

Pour 2026 à 2028, la loi de finances fixe les seuils micro à 203 100 € pour la vente, 83 600 € pour les services et les professions libérales, et 15 000 € pour la location de meublés de tourisme non classés. Ces montants figurent aux articles 50-0 et 102 ter du Code général des impôts.

La règle tient en une phrase. Si votre chiffre d’affaires hors taxes dépasse le plafond deux années civiles consécutives, vous basculez de plein droit au régime réel le 1er janvier suivant. Prenons un consultant en BNC : avec 90 000 € en 2025 puis 100 000 € en 2026, il passe au réel au 1er janvier 2027, sans aucune démarche.

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Point de vigilanceUn dépassement sur une seule année ne fait pas perdre le régime micro. C’est la répétition sur deux années consécutives qui déclenche la bascule. Ne confondez pas non plus ce seuil avec celui de la TVA, bien plus bas.

Le choix volontaire, quand vos charges dépassent l’abattement

Sans attendre les seuils, vous pouvez opter pour le réel à tout moment. Le calcul est simple. L’abattement micro suppose des charges égales au forfait : 34 % en libéral, 50 % en services, 71 % en vente. Dès que vos charges réelles dépassent ce taux, le réel réduit votre base imposable.

Un prestataire qui loue un local, sous-traite ou achète du matériel a souvent intérêt à basculer tôt. À cela s’ajoutent deux leviers. Au réel, vous récupérez la TVA sur vos investissements. Et facturer avec TVA renforce parfois votre crédibilité auprès des clients professionnels.

Micro ou réel, ce que le changement modifie concrètement

Le régime réel touche trois leviers : l’impôt, les cotisations et la TVA. Chacun obéit à sa propre logique. Les confondre conduit aux mauvaises surprises de trésorerie les plus fréquentes chez les indépendants qui basculent.

L’imposition, de l’abattement forfaitaire au bénéfice réel

Au micro, l’administration applique l’abattement sur votre chiffre d’affaires, puis le résultat rejoint le barème de l’impôt. Au réel, vous êtes imposé sur le bénéfice, c’est-à-dire le chiffre d’affaires moins vos charges réelles. Loyer, matériel, sous-traitance et amortissements deviennent déductibles.

Concrètement, le bénéfice se reporte sur la déclaration 2042-C-PRO, accompagnée d’une liasse fiscale annuelle : 2031 en BIC, 2035 en BNC. Le versement libératoire disparaît. Vous pouvez aussi opter pour l’impôt sur les sociétés depuis 2022, avec un taux de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà.

Les cotisations sociales, du chiffre d’affaires au bénéfice

Au micro, vos cotisations représentent un pourcentage du chiffre d’affaires : 12,3 % en vente, 21,2 % en services, et près de 24 à 26 % pour les activités libérales. Au réel, la base devient le bénéfice. Le taux global oscille entre 40 et 45 % du revenu net, avec des cotisations minimales dues même sans bénéfice.

Une réforme change la donne en 2026. Les cotisations se calculent désormais sur une assiette unique : le revenu professionnel brut, diminué d’un abattement forfaitaire de 26 %. Cette base sert à la fois aux cotisations et à la CSG-CRDS. Le plafond annuel de la Sécurité sociale atteint par ailleurs 48 060 €.

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Bon à savoirDepuis avril 2026, les cotisations des indépendants au réel reposent sur le revenu brut abattu de 26 %. La part de CSG-CRDS baisse, celle de la retraite augmente. Les micro-entrepreneurs restent exclus de cet abattement.

La TVA, un seuil indépendant souvent mal compris

La franchise en base de TVA suit ses propres seuils : 37 500 € pour les services, avec une tolérance à 41 250 €, et 85 000 € pour la vente, avec une tolérance à 93 500 €. Ces montants sont plus bas que les plafonds micro. Vous pouvez donc rester au micro tout en devant facturer la TVA.

Le seuil unique à 25 000 €, débattu en 2025, a été abandonné fin 2025. Une fois redevable, vous collectez la TVA sur vos ventes et la déduisez sur vos achats. Pour une activité qui investit, cette récupération devient un avantage net, parfois de plusieurs milliers d’euros par an.

CritèreMicro-entrepriseEI au régime réel
Base d’impositionAbattement forfaitaire sur le CABénéfice réel (CA moins charges)
Charges déductibles—✓
Cotisations sociales12,3 à ~26 % du CA~40 à 45 % du bénéfice
TVAFranchise possible sous seuilsCollectée et déductible
ComptabilitéLivre de recettesBilan et liasse fiscale
Plafond de chiffre d’affaires83 600 / 203 100 €—

Seuils et taux 2026. Comparaison indicative, le bon régime dépend de votre niveau de charges.

Les démarches pour passer au régime réel

Le passage volontaire repose sur une formalité simple : une option adressée au fisc. Encore faut-il viser le bon délai et prévenir l’URSSAF. La bascule automatique, elle, ne demande aucune action de votre part.

Opter auprès du service des impôts, et au bon moment

Vous exercez l’option pour le régime réel auprès de votre service des impôts des entreprises. Le plus simple passe par la messagerie sécurisée de votre espace professionnel sur impots.gouv.fr. Un courrier daté et signé fonctionne aussi. Aucun formalisme particulier n’est imposé, et le dépôt de la liasse vaut option.

Le délai a changé. Depuis la loi de finances 2022, l’option s’exerce jusqu’à la date de dépôt de votre déclaration de résultats. En pratique, une demande envoyée au printemps s’applique à l’année en cours, depuis le 1er janvier. L’option vaut un an, avec reconduction tacite.

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Point de vigilanceDe nombreux sites citent encore le 1er février comme date limite. Cette règle a sauté avec la loi de finances 2022. L’option s’exerce désormais jusqu’au dépôt de votre déclaration de résultats. Dans le doute, envoyez-la en début d’année.

Prévenir l’URSSAF et structurer sa comptabilité

Pensez ensuite à informer l’URSSAF de votre sortie du régime micro-social. La démarche se fait depuis votre espace auto-entrepreneur ou par courrier recommandé. Au réel, la comptabilité devient complète : livre-journal, grand livre, bilan, compte de résultat et liasse fiscale annuelle.

Un expert-comptable n’est pas obligatoire au réel simplifié, mais il sécurise le premier bilan. Beaucoup délèguent ce passage à un expert-comptable en ligne, qui fiabilise la liasse et les premières déclarations. Inutile en revanche d’adhérer à un centre de gestion agréé pour l’avantage fiscal, désormais supprimé.

Évaluer la bascule

Comparez vos charges réelles à l’abattement forfaitaire. Le réel gagne dès que vos charges dépassent le forfait, soit 34 à 71 % selon l’activité.

Opter pour le régime réel

Adressez l’option à votre SIE via la messagerie de l’espace professionnel impots.gouv.fr, avant le dépôt de votre déclaration de résultats.

Prévenir l’URSSAF

Signalez la sortie du régime micro-social depuis votre espace auto-entrepreneur ou par courrier recommandé avec accusé de réception.

Mettre en place la comptabilité

Livre-journal, bilan et liasse fiscale : formulaire 2031 en BIC, 2035 en BNC. Un logiciel ou un expert-comptable sécurise le passage.

Adapter factures et trésorerie

Si vous dépassez les seuils de TVA, ajoutez-la sur vos factures et provisionnez vos cotisations, désormais calculées sur le bénéfice.

Rester en EI au réel ou créer une société ?

Quitter le micro ne signifie pas forcément créer une société. L’entreprise individuelle au réel suffit dans bien des cas. La société devient utile quand le projet change d’échelle, pas avant. Le choix entre entreprise individuelle ou micro entreprise précède d’ailleurs souvent cette réflexion.

L’EI au réel, simplicité et patrimoine déjà protégé

Rester en entreprise individuelle limite les formalités. Pas d’associés, pas de capital, une gestion qui reste lisible. Depuis le statut unique entré en vigueur le 15 mai 2022, votre patrimoine personnel est séparé de votre patrimoine professionnel. Vos biens privés échappent en principe aux créanciers professionnels.

Cette protection automatique a rendu l’ancien statut d’EIRL inutile. La crainte d’une responsabilité illimitée n’a donc plus lieu d’être. Pour peser le pour et le contre, la fiche sur les avantages et inconvénients de l’entreprise individuelle complète utilement cette décision.

Avantages du réel

  • Déduction des charges réelles
  • Amortissement des investissements
  • Récupération de la TVA
  • Aucun plafond de chiffre d’affaires
  • Patrimoine personnel protégé

Inconvénients du réel

  • Comptabilité complète et chronophage
  • Cotisations sur le bénéfice, minimales même à perte
  • Coût d’un expert-comptable
  • Déclarations fiscales plus lourdes

La société, quand la structure se justifie

Créer une EURL, une SASU ou une SARL change réellement de cadre. Vous passez d’une personne physique à une personne morale distincte. La formalité passe par le guichet unique de l’INPI, avec un budget d’environ 300 €, auquel s’ajoutent les statuts et une annonce légale, autour de 142 € HT en métropole.

Ce détour se justifie pour accueillir des associés, lever des fonds ou arbitrer entre salaire et dividendes. Tant que vous travaillez seul, le réel en EI couvre la plupart des besoins. Pour comparer, la page dédiée au statut entreprise individuelle récapitule les conditions concrètes.

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AstuceVisez une bascule au 1er janvier. Lancez vos démarches deux à trois mois avant, prévenez vos clients et clarifiez vos prix HT ou TTC selon votre future situation de TVA.

Pour aller plus loin

Plusieurs ressources prolongent ce passage. La fiche sur l’entreprise individuelle définition détaille le statut unique de 2022. Côté gestion, le calcul des charges en entreprise individuelle et le fonctionnement de la TVA en entreprise individuelle méritent une lecture avant de basculer.

Questions fréquentes

Faut-il fermer sa micro-entreprise pour passer en EI ?

Non. La micro est déjà une entreprise individuelle. Vous ne fermez rien et ne recréez aucune structure. Votre SIREN reste inchangé. Vous quittez simplement le régime micro pour le régime réel.

Le passage de micro à réel est-il gratuit ?

Le changement de régime est gratuit : une simple option par message ou courrier au service des impôts. Les coûts viennent ensuite de la comptabilité, via un logiciel ou un expert-comptable. Créer une société en parallèle coûte environ 300 € de formalités.

Peut-on revenir au régime micro après le réel ?

Oui, si votre chiffre d’affaires repasse sous les seuils micro, soit 83 600 € en services ou 203 100 € en vente. Vous le demandez à votre service des impôts. Le retour prend effet au 1er janvier suivant, l’option au réel se reconduisant tacitement chaque année.

Un expert-comptable est-il obligatoire au régime réel ?

Non, ce n’est pas obligatoire au réel simplifié. C’est toutefois fortement recommandé. La comptabilité complète, le bilan et la liasse fiscale demandent une rigueur que peu d’indépendants maîtrisent seuls dès la première année.

Passer au réel fait-il automatiquement payer la TVA ?

Non. La TVA dépend de seuils propres : 37 500 € en services, 85 000 € en vente. Ces seuils sont indépendants du régime fiscal. En pratique, on les dépasse souvent en quittant le micro, ce qui rend la TVA exigible.