« Entreprise individuelle ou micro-entreprise » : la question revient sans cesse, mais elle part d’une confusion. Depuis la loi du 14 février 2022, il n’existe plus qu’un seul statut d’entrepreneur individuel. La micro-entreprise n’en est pas un autre. C’est un régime fiscal et social simplifié de l’entreprise individuelle.
Choisir entre les deux revient donc à choisir entre deux régimes d’une même entreprise individuelle. D’un côté, le régime micro, plafonné et forfaitaire. De l’autre, le régime réel, sans plafond et calculé sur le bénéfice. L’arbitrage dépend surtout d’un chiffre : vos charges réelles face à l’abattement forfaitaire.
Les plafonds 2026 viennent de grimper à 203 100 € et 83 600 €. Pourtant, le plafond tranche rarement. Ce qui décide vraiment, c’est le poids de vos frais et la TVA que vous pourriez récupérer.
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Micro-entreprise et entreprise individuelle : un seul statut, deux régimes
Avant de comparer, il faut lever la confusion de départ. La micro-entreprise et l’entreprise individuelle ne s’opposent pas comme deux statuts rivaux. Depuis 2022, elles désignent la même structure juridique. Seul le régime fiscal et social change d’une situation à l’autre.
◆ À retenir
- La micro-entreprise est une entreprise individuelle : un seul statut juridique depuis le 15 mai 2022.
- Le régime micro est plafonné à 203 100 € (vente) et 83 600 € (services) en 2026.
- Le régime réel devient gagnant dès que vos charges dépassent l’abattement forfaitaire (71, 50 ou 34 %).
La micro-entreprise est une entreprise individuelle
La loi du 14 février 2022 a créé un statut unique d’entreprise individuelle, en vigueur depuis le 15 mai 2022. Toute micro-entreprise est, juridiquement, une entreprise individuelle. L’inverse n’est pas vrai : une EI peut relever du régime réel sans jamais passer par le micro.
Les deux partagent le même socle. Vous exercez en nom propre, sans personnalité morale distincte. Aucun statut ni capital social à constituer. Depuis 2022, votre patrimoine personnel est séparé du patrimoine professionnel de façon automatique. L’immatriculation se fait au registre national des entreprises (RNE), géré par l’INPI. Enfin, une personne ne peut détenir qu’une seule entreprise individuelle.
Ce que vous choisissez vraiment : micro ou réel
La vraie décision porte sur le régime, pas sur le statut. En micro, votre bénéfice imposable est calculé en appliquant un abattement forfaitaire à votre chiffre d’affaires : 71 % pour la vente, 50 % pour les services BIC, 34 % pour les BNC. Vos cotisations, elles, se calculent directement sur le CA encaissé.
Au régime réel, la logique s’inverse. Vous êtes imposé sur le bénéfice réel, soit vos recettes moins vos charges réelles. L’impôt sur le revenu reste la règle, mais l’EI au réel peut opter pour l’impôt sur les sociétés depuis 2022. Cette option, impossible en micro, ouvre d’autres stratégies de rémunération.
Plafonds, fiscalité, cotisations : ce qui sépare les deux régimes
Trois mécanismes distinguent réellement les deux régimes : le plafond de chiffre d’affaires, le mode d’imposition et le calcul des cotisations. Sur chacun, la logique forfaitaire du micro s’oppose à la logique réelle de l’EI classique. Le face-à-face ci-dessous résume l’essentiel.
Micro-entreprise
EI au régime réel
Les plafonds de chiffre d’affaires (revalorisés en 2026)
Le régime micro impose un plafond de chiffre d’affaires. Pour 2026, la loi de finances l’a revalorisé : 203 100 € pour la vente de marchandises, l’hébergement et la restauration, 83 600 € pour les prestations de services BIC et BNC. En activité mixte, le total ne dépasse pas 203 100 €, dont 83 600 € maximum de services.
Le régime réel, lui, ne connaît aucun plafond. Vous facturez autant que votre activité le permet. Attention toutefois au mécanisme de sortie : franchir le seuil une seule année ne change rien. Il faut le dépasser deux années civiles consécutives pour basculer au réel l’année suivante.
L’imposition : forfait contre bénéfice réel
En micro, l’abattement forfaitaire est censé représenter vos frais professionnels, avec un minimum de 305 €. Le reste du CA s’ajoute à vos autres revenus, taxé au barème progressif de l’impôt. Vous pouvez aussi opter pour le versement libératoire : l’impôt est payé avec les cotisations, à 1 %, 1,7 % ou 2,2 % du CA selon l’activité, sous condition de revenu fiscal.
Au réel, l’imposition porte sur le bénéfice : recettes moins charges réellement engagées. Loyer, matériel, amortissements, sous-traitance, tout frais utile se déduit. Surtout, un déficit s’impute sur votre revenu global et réduit votre impôt. En micro, c’est impossible : un exercice à perte reste taxé sur le chiffre d’affaires encaissé.
Les cotisations sociales : sur le CA ou sur le bénéfice
En micro, les cotisations sociales se calculent sur le CA encaissé. Les taux 2026 en métropole s’établissent à 12,3 % pour la vente, 21,2 % pour les services BIC, 25,6 % pour les libéraux BNC et 23,2 % pour les professions CIPAV. Le taux BNC a grimpé de 24,6 % à 25,6 % au 1er janvier 2026. Sans chiffre d’affaires, aucune cotisation n’est due, mais aucun droit ne se constitue.
Au réel, vous cotisez en tant que travailleur non salarié sur votre bénéfice, autour de 40 à 45 %. Des cotisations minimales restent dues même sans revenu, de l’ordre de 1 000 € par an. En contrepartie, la protection sociale, notamment la retraite, se révèle un peu plus solide qu’en micro.
Le vrai arbitrage : quand le réel bat la micro
Le plafond fait rarement la décision. Le critère qui tranche reste le rapport entre vos charges réelles et l’abattement forfaitaire du micro. Dès que vos frais dépassent ce forfait, le régime réel reprend l’avantage fiscal. Encore faut-il en peser le coût de gestion.
Le point de bascule des charges
L’abattement forfaitaire couvre vos frais de façon théorique. La bascule devient logique quand vos charges réelles le dépassent. Pour un prestataire BIC, l’abattement de 50 % fixe le seuil : au-delà de 50 % de charges, le réel taxe une base plus faible. Pour un libéral BNC, l’abattement tombe à 34 %, donc le point de bascule arrive plus tôt.
Deux éléments complètent ce calcul. La base des cotisations d’abord, assise sur le CA en micro mais sur le bénéfice au réel. Le coût d’un expert-comptable ensuite, souvent 1 000 à 2 000 € par an. Un consultant facturant 50 000 € avec 4 000 € de frais reste gagnant en micro. Une boutique à 90 000 € de CA et 55 000 € d’achats bascule sans hésiter. Tenir une comptabilité réelle pousse d’ailleurs beaucoup d’indépendants à déléguer leur compta à un expert-comptable dès le départ.
TVA, déficit et option IS : les autres bascules
La TVA fait souvent pencher la balance. Au réel, vous récupérez la TVA sur vos achats et investissements. En micro, la franchise en base vous en dispense, mais vous interdit aussi de la récupérer. Les seuils de franchise 2026 s’élèvent à 85 000 € pour la vente et 37 500 € pour les services, avec des seuils majorés à 93 500 € et 41 250 €.
Le projet d’abaisser ce seuil à 25 000 € pour tous a été suspendu, mais il reste en discussion. Au-delà de la franchise, même un micro-entrepreneur facture la TVA. À cela s’ajoutent deux leviers réservés au réel : l’imputation d’un déficit et l’option pour l’IS. Notre guide dédié à la TVA en entreprise individuelle précise ces seuils et leurs effets.
Quel régime pour quel profil
Aucun régime ne l’emporte dans l’absolu. Le bon choix dépend de votre niveau de charges, de votre ambition de chiffre d’affaires et de votre besoin de récupérer la TVA. Deux profils types se dégagent, l’un taillé pour la simplicité, l’autre pour la structuration.
La micro convient si…
Le régime micro convient si vos charges réelles restent faibles. Un graphiste, un coach, un consultant ou un rédacteur équipé d’un ordinateur et de quelques logiciels y trouve son compte. Le régime brille aussi pour tester une activité sans risque de gestion. La création ne coûte rien et la comptabilité se résume à un livre de recettes.
Ce cadre s’adresse aux chiffres d’affaires modestes, souvent en B2C, sans gros investissement à amortir. Tant que vos frais restent sous l’abattement, vous payez moins qu’au réel. Pour peser le pour et le contre, consultez les avantages et inconvénients de l’entreprise individuelle.
L’EI au réel convient si…
Le régime réel s’impose dès que vos charges grimpent. Stock, local, matériel, sous-traitance ou véhicule changent l’équation. Il devient aussi pertinent si vous récupérez de la TVA, si votre CA approche les plafonds, ou si vous prévoyez un déficit au démarrage. Le pilotage fin de la rentabilité et l’option IS complètent ses atouts.
Un e-commerçant avec stock ou un artisan aux achats lourds y gagne presque toujours. Le réel demande une comptabilité complète, mais il colle aux projets pensés pour durer et croître. Si ce cadre vous correspond, voyez comment choisir et créer votre statut via notre fiche statut entreprise individuelle.
Une fois le régime choisi, la création reste une simple formalité, identique pour le micro et le réel. L’immatriculation au registre national des entreprises se fait en ligne, en quelques minutes.
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Pour approfondir le cadre commun aux deux régimes, consultez la définition de l’entreprise individuelle et le statut unique né en 2022. Le détail du poste social figure dans notre fiche sur les charges en entreprise individuelle. Et si vous anticipez la suite, les démarches pour fermer une entreprise individuelle varient selon votre régime.
Questions fréquentes
Peut-on passer de la micro au régime réel ?
Oui, et sans changer de statut. Vous restez en entreprise individuelle, vous basculez seulement du régime micro vers le régime réel. Le changement se déclare en début d’année civile auprès de l’URSSAF et de l’administration fiscale. L’option engage généralement deux ans.
Que se passe-t-il en cas de dépassement des plafonds ?
Le régime micro continue de s’appliquer l’année du dépassement. Vous basculez au régime réel l’année suivante seulement si le seuil de 203 100 € ou 83 600 € est dépassé deux années consécutives. Un dépassement isolé ne change rien.
La micro-entreprise paie-t-elle la TVA ?
Pas tant qu’elle reste sous les seuils de franchise, soit 85 000 € pour la vente et 37 500 € pour les services en 2026. Au-delà, elle facture la TVA et la reverse, exactement comme une entreprise individuelle au réel.
Faut-il un expert-comptable au régime réel ?
La loi ne l’impose pas. En pratique, la comptabilité complète, avec bilan, compte de résultat et liasse fiscale, rend l’accompagnement quasi indispensable. Le micro s’en passe : un simple livre de recettes suffit.
Micro-entrepreneur et auto-entrepreneur, est-ce la même chose ?
Oui. « Auto-entrepreneur » est l’ancien nom du micro-entrepreneur, remplacé en 2016. Le régime est identique. Tous deux désignent une entreprise individuelle bénéficiant du régime micro-fiscal et micro-social simplifié.